Les réponses de Nicolas Dupont-Aignan à Nicolas Hulot
1 Economie :
Il est bien entendu nécessaire d’amplifier la lutte contre les pollutions industrielles par des moyens réglementaires et fiscaux adaptés. En particulier, il faudra accroître la maîtrise de l’émission de CO². Mais il faut aussi lutter plus efficacement contre les produits toxiques contenus dans certains matériaux d’usage courant, qui sont manifestement responsables de la multiplication de certaines pandémies comme le cancer (substances chimiques,…). La Commission européenne a pris en main ce dossier qui lui revient mais il faudra faire preuve d’une extrême vigilance sur ce terrain, tant les institutions communautaires, comme le démontre le vote récent du Parlement européen, se révèlent sensibles aux pressions des lobbies économiques qui campent à leurs portes.
Mais, au-delà, il est surtout indispensable de regarder en face la première cause du pillage des ressources et de l’augmentation de la pollution globale : le développement économique anarchique de pays comme la Chine provoque des dégâts gigantesques et irréparables à la planète. C’est pourquoi je propose une solution qui me paraît plus ambitieuse que la vôtre : réviser de fond en comble les règles du libre échange et conditionner l’ouverture relative (et non plus totale) de nos frontières commerciales au respect de critères environnementaux et sociaux. C’est tout autant une exigence élémentaire d’un point de vue économique et stratégique, tant la déloyauté de la concurrence chinoise provoque le saccage de nos tissus industriels.
La seule solution de bon sens est l’instauration de zones régionales de libre échange, qui commercent raisonnablement entre elles, et dont l’ouverture progressive les unes aux autres dépend d’une réelle harmonisation des normes sociales et environnementales. C’est une voie que prône depuis longtemps Maurice Allais, prix Nobel d’économie, et que défend avec bon sens Emmanuel Todd. Il s’agirait en quelque sorte de recréer l’Europe sur la base de la préférence communautaire des décennies 1960 à 1990, progressivement abandonnée par la suite sans que les peuples soient véritablement informés des enjeux ni consultés.
Propositions extraites du projet pour la France de Nicolas DUPONT-AIGNAN
n°26 - Donner de nouvelles orientations au marché unique, en assouplissant les règles de la concurrence pour permettre le maintien des services publics et favoriser l’émergence de champions européens. Conditionner l’ouverture des marchés nationaux à une harmonisation fiscale, sociale et environnementale en parallèle.
n°71 - Rompre avec la logique du libre échange intégral en faisant reposer le commerce mondial sur des zones régionales de libre échange, partiellement protégées les unes des autres en fonction du niveau d’harmonisation sociale, fiscale et environnementale. Reverser en partie aux pays en voie de développement les droits de douane perçus aux frontières de l’Europe.
n°72 - Décréter un moratoire sur les projets d’accord AGCS (services publics/éducation/santé) et AMI (investissements) tant que des études d’impact solides n’auront pas été réalisées.
2 Energie :
La diminution absolue de la consommation énergétique paraît difficilement réalisable à court terme, mais sa maîtrise et sa rationalisation, avec à la clé sa stabilisation, semblent possibles. Les écarts considérables de consommation énergétiques entre Américains et Européens (notamment Français) montrent clairement qu’il existe des marges de manœuvre à exploiter. De ce point de vue, les actions engagées par des organismes comme l’ADEME ou la Fondation Hulot, visant à apprendre aux particuliers les bons réflexes pour ne pas gaspiller l’énergie, doivent être systématisés. C’est ce que je développe dans la ville dont je suis Maire, depuis plusieurs années.
Mais au-delà, il est indispensable de développer les énergies de demain : la nouvelle génération de réacteurs nucléaires (qui, rappelons-le, n’émettent pas de gaz à effet de serre), les énergies renouvelables où la France a parfois accumulé un retard scandaleux (éolien, solaire, biomasse,…), les biocarburants, etc. et d’intensifier la recherche fondamentale pour découvrir les ressources énergétiques d’après-demain : l’utilisation de l’énergie solaire dans l’espace pourrait être l’un d’eux. Parallèlement, il faudra bien que l’Etat investisse les sommes nécessaires pour rapidement mettre au point les nouvelles technologies (moteur propre,…) indispensables à la nécessaire réorientation des priorités. A cet égard, ce serait une pure illusion que de croire la sphère privée capable, à elle seule et de son propre chef, de prendre à bras le corps ce défi majeur.
Tout ceci implique une relance massive des investissements et de la recherche publics, aujourd’hui réduits à rien à cause de la logique comptable du pilotage économique et monétaire européen. Il faudra changer tout cela, et pas seulement en paroles.
Propositions extraites du projet pour la France de Nicolas DUPONT-AIGNAN
n°54 - Créer un groupe public de l’énergie EDF/GDF avec maintien par la loi de tarifs régulés par la puissance publique et, plus généralement, réformer les entreprises de service public pour en assurer la pérennité grâce à une meilleure gestion et instaurer le service garanti.
n°81 - Multiplier par deux en cinq ans l’effort de recherche public et renforcer les organismes de promotion et de diffusion de l’innovation comme l’Agence Nationale de Valorisation de la Recherche (ANVAR).
n°97 - Développer massivement les biocarburants en se fixant un objectif de 4 millions d’hectares de mise en culture et en accélérant la mise au point des techniques de combustion à hydrogène.
3 Agriculture :
Il est nécessaire de mettre fin progressivement aux productions polluantes ou grosses consommatrices d’engrais ou d’eau, néfastes à l’équilibre naturel. Je suis tout à fait d’accord avec la refondation de la Politique Agricole Commune pour encourager vraiment les productions de qualité et de proximité, les cultures complémentaires comme le biologique, les productions d’avenir (biocarburants ou à usage non-alimentaire).
Néanmoins, ceci nécessite par excellence une reprise en main des politiques européennes, dont la dérive de plus en plus inquiétante mène à la catastrophe. Il faut par exemple prononcer un moratoire sur les OGM, ces organismes génétiquement modifiés que Bruxelles prétend nous imposer mais que neuf Français sur dix rejettent. Cela n’exclura pas, bien entendu, la poursuite d’une recherche maîtrisée et transparente.
Proposition extraite du projet pour la France de Nicolas DUPONT-AIGNAN
n°70 – Instaurer une exception agricole sur le modèle de l’exception culturelle pour favoriser l’autosuffisance alimentaire et le développement équilibré des pays riches et des pays pauvres.
4 Territoire :
La France a la chance immense d’avoir un territoire vaste et diversifié. Hélas, cet atout est perçu comme un fardeau par nos gouvernants obsédés par la maîtrise comptable de l’argent public, sous la baguette d’autorités extérieures indépendantes de tout. Il faut réinventer une politique d’aménagement du territoire digne de ce nom et placée sous le signe de l’équilibre.
Lutte contre le mitage urbain et foncier (d’où la nécessité d’un rôle plus actif de l’Etat), incitation à une occupation humaine plus homogène du territoire (grâce à une politique de migration intérieure qualitative calquée sur la politique d’immigration pratiquée par le Québec), lutte contre les ghettos urbains, diffusion plus harmonieuses des activités économiques et politique volontariste de localisation des établissements publics, sont quelques uns des axes que je propose pour y parvenir.
Mais, bien entendu, cela implique le maintien de nos services publics rénovés et protégés des excès de la concurrence ultralibérale, l’investissement public dans les infrastructures manquantes, la couverture complète du territoire en réseaux NTIC et, enfin, une reprise en main de la décentralisation brouillonne actuelle, qui tend à être synonyme de résurgence des féodalités.
Propositions extraites du projet pour la France de Nicolas DUPONT-AIGNAN
n°12 - Rationaliser l’organisation de l’Etat en rassemblant ses services déconcentrés au niveau régional sous l’autorité du Préfet de région, désormais assisté de Sous-préfets thématiques. Recentrer les missions des Préfets de département sur l’ordre public et le suivi des collectivités locales et sur la mise en œuvre du plan nationale de protection de l’environnement.
n°55 - Renforcer les exigences de service public pour l’assainissement, la distribution d’eau et les services bancaires.
n°58 - Mettre en œuvre un schéma directeur en Ile-de-France qui garantisse un minimum d’équilibre des activités et des logements entre l’Est et l’Ouest, comme entre le centre et la périphérie, et qui rationnalise l’occupation de l’espace.
5 Transports :
La politique des transports doit être étroitement liée à celle de l’aménagement du territoire. La collectivité doit se donner les moyens de multiplier les transports en commun propres (tramway) grâce à l’aide de l’Etat. On pourra surtout commencer, dans les grandes agglomérations, par réhabiliter les réseaux existants mais laissés scandaleusement à l’abandon, au profit de projets inutiles et coûteux. En effet, si les urbains utilisent plus que de raison leur véhicule personnel, c’est bien souvent parce que l’offre en transports publics est très insuffisante.
Par exemple, en Ile-de-France, la ligne D du RER qui concerne le sud-est parisien que je connais bien, souffre de vétusté, d’inconfort et d’une sécurité insuffisante alors qu’elle représente 10% du trafic national ! Comment la laisser plus longtemps à l’abandon alors qu’on envisage de couvrir l’avenue Charles de Gaulle à Neuilly-sur-Seine pour un budget pharaonique de 800 millions d’euros et qu’on vient de créer à grand frais un tramway sur les boulevards des maréchaux parisiens très dispendieux et peu justifié du point de vue des nécessités du trafic ? Il faudra ainsi perdre la mauvaise habitude, qui bien souvent s’habille abusivement de la logique environnementale, de construire ou perfectionner des réseaux existants très denses au lieu d’en créer de nouveaux là où il y a un besoin évident non-satisfait et dont le défaut provoque de graves dysfonctionnements de tous ordres, y compris écologique (plutôt que de construire un tramway sur les maréchaux pour contenir hors de Paris le trafic, il eût été plus judicieux de créer enfin les réseaux de banlieue à banlieue dont l’inexistence explique en grande partie d’engorgement automobile de la capitale). La baisse des tarifs appliqués aux transports en commun doit être également une priorité.
Il faudra aussi encourager le covoiturage au niveau des entreprises et des communes, moyen efficace (rendu encore plus viable par internet) de limiter la pollution atmosphérique.
Enfin, au niveau national, il est urgent de mettre en place un vrai réseau de ferroutage et de transport fluvial pour limiter le trafic poids lourds. Le gouvernement Raffarin avait prévu d’y affecter les recettes des sociétés d’autoroutes mais son successeur a brutalement décidé de les vendre au plus offrant pour boucler les fins de mois de l’Etat. Je propose de les renationaliser. Il faudra aussi avoir le courage d’imposer des taxes sur les poids lourds en transit dans notre pays, que cela plaise ou non à la Commission de Bruxelles.
Proposition extraite du projet pour la France de Nicolas DUPONT-AIGNAN
n°52 - Investir dans les infrastructures de transport conformes aux exigences du développement durable (ferroutage, transport fluvial…), réintégrer dans le giron public les sociétés d’autoroutes pour que les péages servent à nouveau à financer l’effort national de transport et relier l’ensemble du territoire en haut débit dans un délai de 5 ans.
6 Fiscalité :
Il est évident qu’une réforme fiscale d’ampleur et tous azimuts doit permettre de relever rapidement le défi du développement durable. Mais il est un aspect de cette politique fiscale qui paraît essentiel : l’aide aux particuliers à se doter des équipements éco-compatible, sans quoi les comportements individuels ne changeront pas assez vite ni assez fort.
Il faut rendre réellement attractif l’acquisition de ces matériels et produits en baissant la fiscalité directe (TVA,…) et en mettant en place des mécanismes de crédit bénéficiant d’exonérations fiscales massives pour le financement d’équipements « verts ».
Cela implique, parallèlement, de veiller à ce que l’offre en produits correspondants puisse suivre la demande. Un effort particulier devra être porté sur l’automobile, la construction et la réhabilitation de logement, l’équipement en matériel de production énergétique.
Propositions extraites du projet pour la France de Nicolas DUPONT-AIGNAN
n°80 - Revoir la hiérarchie des taux de TVA (restauration, produits respectueux de l’environnement, articles de puériculture, majoration des produits à forte toxicité).
n°96 - Mettre en œuvre une fiscalité dissuadant les comportements pollueurs (vignette au prorata du CO², taxe sur les emballages, etc.) et incitant à économiser l’énergie (crédits d’impôt sur les matériaux économes,…).
7) Biodiversité :
La grande politique de création des parcs naturels nationaux et régionaux, créée avec succès dans les années 1960, doit être relancée et amplifiée. Des moyens décents doivent être donnés à l’Office National des Forêts et aux administrations en charge de la gestion de nos ressources naturelles, afin d’augmenter l’effort de recensement et de préservation des espèces comme des milieux.
La tentative actuelle de contourner les mesures de sauvegarde sur nos côtes et au bord des lacs et des rivières doit être clairement et durablement mise hors la loi : sait-on par exemple qu’une loi devant permettre le bétonnage des rives du lac d’Annecy est actuellement en préparation à l’Assemblée Nationale ?
Enfin, il faut réconcilier la, chasse et la protection de l’environnement, l’une étant bien souvent un allié objectif de l’autre. Comment, par exemple, réguler les cheptels proliférants de grands animaux (sangliers, chevreuil,…) qui n’ont plus de prédateurs sauf l’homme et qui infligent des dégâts considérables aux cultures, sans chasseurs ? La même question est posée pour les animaux considérés comme « nuisibles » (renards,…) par les autorités. De fait, l’existence d’une chasse dynamique est indispensable en France pour entretenir ses écosystèmes. Ce n’empêche pas, bien au contraire, d’œuvrer à une chasse raisonnée, qui prenne davantage en compte les autres usagers de la nature, les variations conjoncturelles des populations de gibiers. Mais cette grande explication devra avoir lieu dans le cadre national, sans plus que des directives européennes semant la défiance et la zizanie n’empêchent cette nécessaire réconciliation.
Enfin, la France doit assumer tout son rôle dans ses régions d’outre-mer, en protégeant davantage les massifs coralliens sous son contrôle et en mettant aussi un terme à la dévastation de la Guyane (prospection aurifère anarchique).
Proposition extraite du projet pour la France de Nicolas DUPONT-AIGNAN
n°95 - Permettre à la Banque européenne d’investissement de lancer un emprunt de 150 milliards d’euros intégralement affectés aux investissements protecteurs de l’environnement, favorisant les partenariats interétatiques et communautaires.
8) Santé :
Je suis convaincu depuis toujours que la prévention est très insuffisante dans la politique de santé publique en France. D’un côté, outre l’effort à intensifier sur le bon usage des médicaments ordinaires (antibiotiques, génériques, homéopathie,…), il est indispensable de lutter plus fermement contre les mauvaises habitudes sanitaires qui provoquent des ravages dans la société françaises (tabagisme, alcoolisme,…). De ce point de vue, je soutiens totalement le projet du gouvernement d’interdiction du tabac dans les lieux publics. De l’autre, il est indispensable de vraiment investir dans la recherche pour vaincre les pathologies lourdes et fatales qui constituent des enjeux majeurs pour nos sociétés. Ce qui a été fait, par exemple, pour les maladies rares ou les maladies génétiques, pourquoi ne pas le faire pour les cancers et la maladie d’Alzheimer ? A cet égard, la mobilisation décidée par le président de la République sur ce dossier va dans le bon sens. Mais j’estime qu’il faudrait aller beaucoup plus loin, ce qui passe notamment par une reconstruction de la recherche en France, si malmenée ces dernières années. De même, pour lutter contre l’obésité qui augmente fortement chez les jeunes, il faudra bien se résoudre à interdire la publicité à la télévision pour des produits alimentaires trop riches durant les émissions enfantines.
De même, il n’est pas moins urgent d’accélérer la recherche sur les nouvelles menaces pour la santé humaine, aussi bien en matière d’OGM et de malbouffe (l’insuffisance des contrôles administratifs est criante), de substances chimiques (l’Union européenne risque d’être en deçà de ce qui est nécessaire, tant elle est sensible aux intérêts des lobbies industriels) ou encore d’ondes émises par la technologie des téléphones mobiles.
Enfin, en matière de lutte contre les produits chimiques et le bruit, la France doit monter en puissance, qu’il s’agisse de soutenir et d’approfondir le projet REACH ou d’imposer des normes sonores plus strictes.
Propositions extraites du projet pour la France de Nicolas DUPONT-AIGNAN
n°90 - Mettre en œuvre une vraie politique de santé publique de prévention en redéployant grâce à une meilleure gestion du système de santé des crédits : interdiction du tabac dans les lieux publics, généralisation des campagnes de dépistage pour mieux lutter contre le cancer et les maladies cardiovasculaires, interdiction de la publicité alimentaire pendant les émissions de télévision vers les enfants.
n°99 - Renforcer la politique de sécurité alimentaire en augmentant les moyens et les missions des organismes d’évaluation et de contrôle.
9 Recherche :
La logique libérale et anti étatique qui s’est emparée de la France a commis beaucoup de dégâts dans le secteur de la recherche. Bien entendu, il ne s’agit pas de figer les structures et les habitudes existantes, mais d’intégrer les expériences réussies d’où qu’elles proviennent pour dynamiser notre recherche. Par exemple, il n’est pas aberrent d’introduire l’idée de contrats de projet, sans pour autant bien entendu remettre en cause la recherche fondamentale.
L’effort que la Nation doit engager pour sa recherche n’est pas seulement qualitatif, il est aussi quantitatif : les écarts d’investissements pour la recherche entre la France et des pays comme le Japon, les Etats-Unis et maintenant la Chine sont bien connus et, hélas, correctement reflétés par les études internationales. Il est indispensable que la France renoue avec l’ambition qui était la sienne durant les années 60 et 70. Aujourd’hui, avec l’exil d’un nombre croissant de chercheurs hors de ses frontières, la France (et l’Europe en général) ne perd pas seulement ses forces vives en mal de perspectives décentes, mais elle finance la recherche des autres pays, Etats-Unis en tête ! Enfin, en ce qui concerne la méthode, il faut rendre à l’Etat les moyens de son action et de sa vision de long terme. Qu’on le veuille ou non, le colbertisme est une nécessité en France, dont les grands acteurs privés n’ont traditionnellement pas la capacité ni la volonté de s’investir dans les programmes coûteux et de longue haleine. L’Etat doit développer un rôle de stratège (refondation du Commissariat général au Plan) et d’impulsion, en mettant sur pied des grands programmes publics auxquels seront invités à se joindre des partenaires privés. La création de pôles de compétitivité par Jacques Chirac va bien entendu dans le bon sens. Néanmoins, il faut aller plus vite et plus loin et, surtout, dire clairement que la France ne tiendra pas compte des probables récriminations de Bruxelles.
Propositions extraites du projet pour la France de Nicolas DUPONT-AIGNAN
n°19 – Mettre sur pied des « agences de coopération européenne » dans les domaines où les pays membres gagneront à s’allier librement (« Europe à la carte »), selon leurs intérêts : sciences et industrie, environnement, sécurité, culture, éducation.
n°23 - Réformer le Pacte de stabilité pour exclure du calcul du déficit budgétaire les dépenses d’investissements des Etats, ainsi que les dépenses de recherche et de défense.
10 Politique internationale :
Il revient effectivement à la France de jouer un rôle d’impulsion et d’entraînement pour mettre en œuvre la politique globale de préservation de la planète, tant les autres pays développés semblent peu enclins à agir massivement de manière spontanée.
Néanmoins, la capacité de la France à peser efficacement dépend directement de sa propre puissance sur la scène européenne et mondiale. Une France timide, appauvrie, dissoute dans un trou noir bruxellois souvent aux ordres des lobbies et des intérêts américains, ne sera pas en mesure de faire grand chose, comme en témoigne l’action sympathique mais aux effets limités de Jacques Chirac depuis une dizaine d’années.
L’influence de la France dans ce domaine dépendra essentiellement de sa capacité à montrer l’exemple en matière de développement durable. Moralement et pragmatiquement, il lui faut concilier dynamisme économique, équilibre social et respect de l’environnement pour donner l’envie à d’autres pays de s’inspirer de son modèle. C’est, au bout du compte, ce vers quoi doit tendre le nouveau développement français que j’appelle de mes vœux et que je souhaite bâtir grâce à mon projet pour la France.
Proposition extraite du projet pour la France de Nicolas DUPONT-AIGNAN
n°74 - Réorienter l’aide au développement aux pays les moins avancés, notamment africains, par des aides en nature et des actions micro-locales, selon une approche globale qui intègre aussi les critères environnementaux.
Nicolas DUPONT-AIGNAN
Mes réponses aux cinq mesures
1) Création d’un poste de Vice-Premier ministre chargé de l’environnement
La nomination d’un vice-premier ministre chargé de l’environnement paraît séduisante mais, à l’analyse, j’en préfère une autre. En effet, chacun sait que les arbitrages interministériels sont rendus au sein du cabinet du Premier ministre lui-même, ce qui constitue toujours un barrage invisible à l’action des « super-ministres » placés aux côtés du chef du gouvernement.
Aussi, je préfère que le Premier ministre lui-même assure les fonctions de ministre de l’Environnement, comme en son temps Raymond BARRE avait occupé celles de ministre de l’Economie lorsqu’il était à Matignon. Cette expérience de « double casquette » montre combien cette formule peut être efficace et prometteuse, dès lors que le Premier ministre en place s’engage vraiment sur le dossier spécifique qui s’ajoute à sa fonction principale. A contrario, s’il la néglige, les Français pourront en juger sans que quiconque ne se retranche derrière tel ou tel obstacle bureaucratique.
Enfin, il me paraît crucial de regrouper au sein du ministère de l’Environnement beaucoup de missions actuellement éparpillées entre plusieurs ministères : l’aménagement du Territoire, la politique industrielle et de recherche sur les technologies vertes, la fiscalité environnementale, les productions agricoles moins polluantes, etc.
Cela fait beaucoup de choses, ce qui justifie que le Premier ministre et ministre de l’Environnement, ait à ses côtés un ministre délégué de l’Environnement chargé de préparer et mettre en œuvre ce volet essentiel de son action.
Proposition extraite du projet pour la France de Nicolas DUPONT-AIGNAN
n°50 - Créer un ministère de l’Environnement et de l’Aménagement du Territoire regroupant toutes les compétences actuellement éparpillées entre les ministères de la Ville, du Logement, des Transports, de l’Equipement et de l’Environnement, et s’appuyant sur la DATAR.
2) Instauration d’une taxe sur les émissions de carbone :
C’est une mesure qu’il faudra mettre en œuvre progressivement en tenant compte des capacités techniques et des équilibres économiques et sociaux de nos sociétés. Taxer le trafic poids lourd de transit en France me semble ainsi une bonne idée (quoi que puisse en dire Bruxelles), mais alourdir les charges de transport qui pèsent sur les ménages en surtaxant le carburant et le fioul serait intenable compte tenu des fortes tensions qui existent sur le pouvoir d’achat des Français. Cela n’empêche pas pour autant de développer des pratiques nouvelles et prometteuses comme le covoiturage en zone urbaine, qui devrait être grandement facilité par internet. De même, il serait souhaitable de surtaxer le kérosène du fret aérien et, plus généralement, intégrer dans la formation des prix des produits le coût environnemental que leur transport génère, aussi bien à l’échelle mondiale qu’européenne.
Par ailleurs, avant de créer éventuellement cette nouvelle taxe et de l’augmenter progressivement, il est urgent de développer les techniques comme le moteur propre et les carburants verts de substitution.Enfin, là encore, pour changer les comportements individuels, il est nécessaire de pratiquer une politique massive d’incitation fiscale.
Proposition extraite du projet pour la France de Nicolas DUPONT-AIGNAN
n°98 - Créer un éventail diversifié d’outils d’épargne affectés au financement des activités environnementales, notamment un « livret vert » destiné au grand public.
3) Agriculture de qualité :
L’encouragement à une agriculture plus qualitative est effectivement une nécessité. Cela passe par la requalification des exploitations et activités les plus polluantes (création récente d’un label porcin « raisonné » par exemple), l’incitation aux productions nouvelles (maraîchères, non-alimentaires,…) ou d’avenir (biocarburants, biomasse,…). Un nouveau départ doit également être donné à la sylviculture, sachant l’importance très grande que prendra ces prochaines années le retour du chauffage au bois plutôt qu’aux hydrocarbures.
Néanmoins, cette politique d’ensemble nécessite une remise à plat d’une PAC qui part aujourd’hui dans tous les sens, à cause des renoncements successifs des autorités françaises. Comment accepter que Bruxelles rémunère à l’aveugle l’irrigation alors même que les ressources en eau commencent à poser problème ? Comment accepter le principe du « découplage » qui déresponsabilise les agriculteurs et décourage la relève ? Comment accepter le marché unique avec des distorsions de concurrences intenables, par exemple avec des produits peu contrôlés et mobilisant une main d’œuvre illégale ? Comment développer le bio alors que nos partenaires européens n’ont pas les mêmes exigences en la matière mais veulent nous vendre malgré tout leurs productions sous ce label ? Comment accepter une PAC qui ne place pas au rand de sa première priorité l’autosuffisance alimentaire de l’Europe et la préférence communautaire ? Enfin, comment accepter la logique d’un libre échange intégral en matière agricole alors que cette dérive menace autant les pays pauvres que les agricultures des pays développés soucieuses de s’inscrire dans le développement durable ?
On le voit, c’est à une remise à plat générale de la PAC, pour corriger toutes ces incohérences et ces dérives qu’il faut préalablement procéder, avant de jeter les bases d’un développement agricole plus équilibré, plus juste et plus durable.
Proposition extraite du projet pour la France de Nicolas DUPONT-AIGNAN
n°59 - Refonder notre politique agricole en favorisant l’installation des jeunes agriculteurs, les productions nouvelles (productions de proximités, biocarburants,…), la mise en place d’un réseau coopératif de distribution des produits pour lutter contre les prix excessifs pratiqués dans la grande distribution, et l’émergence d’un nouveau modèle de coopérative de production agricole.
4) Mettre les exigences du développement durable au cœur du débat public :
C’est une nécessité évidente. Néanmoins, il ne faut pas se tromper d’instrument. Un film comme celui d’Al Gore a plus fait pour la prise de conscience dans l’opinion publique des dangers que court la planète, que bien des discours inaudibles pourtant distillés en permanence.
L’audiovisuel public a un rôle majeur à jouer en la matière, ce qui implique de le remettre durablement en selle dans un paysage audiovisuel français qui ne s’est toujours pas remis de l’irruption d’une unique chaîne généraliste hertzienne privée. La Grande-Bretagne et l’Allemagne consacrent deux fois plus de moyens à leurs chaines de télévision et de radio publiques que la France. Il est temps d’y mettre en terme en remettant à niveau leur financement contre un cahier des charges précis et contraignant en matière de politique audiovisuelle.
5 ) Education populaire aux grandes questions de l’environnement :
En tant qu’élu local, j’ai pleinement pris la mesure de cet enjeu et j’ai d’ores et déjà pris ma part à son relèvement : la commune d’Yerres dont je suis Maire, est par exemple l’une des rares villes de sa taille cosignataires du programme « un défi pour la terre » lancé par la Fondation Hulot.
J’estime par ailleurs qu’il faut intégrer l’éducation à l’environnement dans les cours d’instruction civique. Mais il faudra être beaucoup plus ambitieux que ce qui est fait actuellement, notamment en étendant cette formation aux cycles secondaire et supérieur et en rendant à l’enseignement des sciences naturelles toute leur place. Enfin, des organismes comme l’ADEME doivent, eux aussi, pouvoir développer leur rôle pédagogique.
Nicolas DUPONT-AIGNAN
Envoyé le 31/1/2007