La tribune des reporters-militants
 

Lettre ouverte à Max Gallo et à tous ceux qui nous bassinent avec le glorieux passé en tournant le dos à l’avenir

À force de les entendre rabâcher que tout était mieux avant et que «tout fout le camp», on commence avoir les oreilles qui bourdonnent. «Ils», ce sont Max Gallo, Jean-Pierre Chevènement, Philippe de Villiers, Jean-Marie le Pen et j’en passe.

Pourquoi nous agressent-ils les tympans ? Parce qu’ils nous parlent à longueur de livres, d’émissions TV soporifiques et de meetings malthusiens de la glorieuse France que, sniff !!! on ne reverra plus. Cette France qui dominait le Monde de Charlemagne jusqu’à Napoléon. Certes, ils n’ont pas tort d’évoquer les riches heures du pays comme un vieux «papy» raconte sa guerre et met en avant son courage légendaire devant ses petits-enfants ébahis ; mais il faudrait aussi regarder vers l’avenir et l’avenir ce n’est pas Austerlitz, Verdun, le chemin des dames ou les croix de feu.

L ’avenir de la France et des Français, c’est l’Europe. Ce n’est pas de notre faute si la France qui était le pays d’Europe le plus peuplé au temps de Bonaparte a été dépassée en nombre d’habitants par l’Allemagne, à l’époque de Napoléon «le troisième». Ce n’est pas de notre faute si l’Allemagne a, elle aussi, été dépassée par le «nouveau monde» au temps ou aurait dû régner Napoléon «le cinquième». C’est l’évolution et il ne sert à rien de vouloir remonter le temps. D’ailleurs c’est impossible. Aussi impossible que de rendre sa santé à un cancéreux en lui parlant de lorsqu’il était bien portant. Il vaut mieux lui trouver des remèdes et des médecins compétents. Et puis finalement : était-il aussi glorieux que ça ce passé ? Certes, les actes de violence dans les bus ou les bagarres dans et autour des stades, c’est barbare, c’est insupportable, alors que la guerre de 14-18 avec ses millions de «gueules cassées» avait plus «de panache» mais bien plus de violence et de barbarie. Et que dire des grands héros comme Napoléon ou Churchill qui arpentaient les champs après la bataille pour humer l’odeur de la mort ? Doit-on excuser le dauphin et futur Louis XI qui passait ses soirées entre amis, à casser les têtes des prisonniers parce qu’il n’avait pas la télé ? Doit-on excuser le noble et généreux Garibaldi, le libérateur de l’Italie qui faisait égorger tous ses prisonniers pour se faire la main en Argentine, avant de débarquer en Italie ? Doit-on considérer la bataille pour Dunkerque comme un week-end à Zuydcoote, le débarquement de Normandie comme une partie de campagne et les guerres coloniales comme des safaris? Viendra-t-on un jour nous affirmer que les bombardements sur Londres, Rotterdam ou Dresde étaient de joyeux feux d’artifice. Déjà qu’un certain Jean-Marie pense que « la Shoah » est un « détail de l’histoire ».

Arrêtons de ne voir que du positif dans ces massacres massifs et organisés qui ont émaillé les siècles précédents. Si nos ancêtres n’étaient pas des violents, ils auraient tout fait pour éviter ces guerres fratricides. Certes, la légende ne retient que ce qu’il y a de beau et de noble, chez nous, et de pire et de sanguinaire chez nos ennemis, mais doit-on regarder l’histoire comme un exemple à suivre, comme une bible à réciter chaque jour et comme un guide politique infaillible?

L’histoire doit être apprise et comprise pour nous empêcher de rééditer les erreurs du passé, et non comme les «tables de la loi». Notre avenir, aujourd’hui, c’est cette Europe qu’ils récusent mais qui seule nous permettra de résister à l’hégémonie américaine, à la montée en puissance des pays asiatiques et à la désespérance de l’Afrique et du Moyen-Orient. Notre combat n’est plus pour le contrôle des territoires lointains, pour le contrôle des armes ou des flux économiques, pour apporter la civilisation aux peuplades ignorantes, pour enseigner la «langue de Molière» aux peuplades reculées d’Océanie. Notre combat, aujourd’hui, c’est de sauver la Planète et avec elle l’humanité. Pour ce combat-là, les seules armes de la France ne seront pas suffisantes. Il faudra au moins y associer les peuples de l’Europe et vraisemblablement d’autres forces encore inutilisées. Max Gallo et ses partenaires passéistes pourront toujours regretter la Bretagne de la reine Jeanne, la Provence du Roi René, le Béarn du Vert galant et même la France de Gaulle au temps des trois glorieuses…Cela ne fera pas avancer le «schmilblick» !

Donc Messieurs Gallo et compagnie, continuez de relire tous les soirs les pages glorieuses de notre histoire, mais ne confondez pas le passé avec l’avenir: si le passé vous appartient, l’avenir appartient à vos enfants.

Michel Villeneuve, Membre de Génération Ecologie

Le 15/3/2007