La tribune des reporters-militants
 

La classe politique s’abrite derrière les minorités délinquantes des banlieues pour s’éviter de parler des vrais problèmes de l’exclusion, des discriminations, et des droits républicains auxquels tout citoyen doit prétendre.

Je suis atterré, outré et scandalisé de voir à quel point les
candidats politiques utilisent un discours tout particulièrement spécifique
et approprié aux banlieues françaises. En effet, ces derniers, lorsqu’ils
s’adressent à la population banlieusarde, ne parlent que d’autorité, de
règles, des valeurs bafouées de la République, de zones de non droit
(pour ne pas dire de territoire à reconquérir), de délinquance, de
« racaille », de voyous, de malfrats, quand ce n’est pas pour nous sortir le
grand banditisme. Ces discours sont si empreints d’une exclusion et si accusateurs dans
leur contenu que je me sens, à chaque fois, agressé et accusé de ne
pas respecter les valeurs et les lois françaises. Ce qui, évidemment, est
archifaux ! La majorité écrasante des habitants des banlieues est
constituée de citoyens français respectueux des lois de la
République et du pacte républicain.

Il faut rappeler, essentiellement à M. Nicolas Sarkozy, à Mme
Ségolène Royal, à M. François Bayrou (excepté M.
Jean-Marie Le Pen, celui-ci n’ayant appartenu à aucun gouvernement), qui ne sont
pas des nouveaux dans la politique, que l’état actuel des banlieues est dû
à la politique passée, présente et probablement à venir si
rien de concret n’est entrepris pour remettre ces banlieues en ordre de marche. Gauche,
droite, personne ne s’est jamais véritablement attaqué aux problèmes
des banlieues. Vitupérer sur les banlieues comme le fait M. Nicolas Sarkozy, pour
récupérer des voix auprès des électeurs du FN, est un acte
irréfléchi et stupide puisque le candidat UMP aurait, en cas de victoire
à l’élection présidentielle, à gérer, à
l’échelon national, ce délicat dossier des banlieues.

Gouverner, c’est prévoir. Cela fait plus de trente ans que les banlieues sont
sacrifiées, laissées à l’abandon, reléguées par la
République à une inexorable paupérisation, et aujourd’hui on vient
nous dire que cela ne peut plus durer, accusant ouvertement les malheureux banlieusards
d’être des parias de la société ne devant ce méprisable statut
qu’à eux-mêmes. Quelle lâcheté ! Quelle pleutrerie ! Et on
s’étonne après de voir les jeunes des cités revendiquer qu’ils
voteront, par légions, pour M. Le Pen, par révolte et par
dégoût de la politique. N’a-t-on d’ailleurs pas dit de ce dernier qu’il
soulevait les vrais problèmes, mais qu’il y apportait de mauvaises solutions. Que
fait donc Nicolas Sarkozy ? La même chose : il soulève en vrac les
problèmes des banlieues, et qu’apporte-t-il comme solution, sinon le fait de
stigmatiser davantage des zones urbaines déjà fragilisées, se
mettant ainsi à dos les banlieusards par des épigrammes irresponsables et
irrespectueuses envers ces derniers ?
Durant les émeutes urbaines de novembre 2005, n’a-t-on pas entendu dans certains
« salons parisiens » des intellectuels, notamment proches de Nicolas Sarkozy,
s’étonner que des jeunes puissent ainsi se révolter contre leurs conditions
de vie, même si, bien sûr, toute forme de violence doit être proscrite.
La réaction de ces intellectuels fut de faire immédiatement
référence à l’origine ethnique de ces jeunes. Autrement dit, le
message était le suivant : « voyez, Français de souche, ce sont les
Noirs et les Arabes qui sèment le désordre dans les banlieues ! »
Inutile de préciser que ces procédés sont ignobles. Nous l’avons
bien compris, il est plus aisé de parler des délinquants des banlieues que
de trouver des solutions aux problèmes cruciaux des banlieusards. Tous les
politiques se servent de cette minorité délinquante pour ainsi
éluder les vraies questions soulevées par toute une jeunesse issue de
l’immigration et qui s’étonne encore de ne pas être considérée
comme français
e à part entière. Ainsi, la classe politique s’évite de traiter les
vrais sujets, tels les discriminations, l’exclusion, l’égalité des chances,
la citoyenneté, le racisme… Souvenons-nous de ces reportages, passés
à la télévision lors des violences urbaines de 2005, montrant des
jeunes de cités désabusés et brandissant leur carte
d’identité française et se demandant s’ils étaient traités
comme de véritables Français. L’Europe ! Voilà un vrai sujet. Notez, amis et concitoyens, que les candidats
restent très frileux pour ne pas dire discrets sur ce sujet. Pourquoi ? Pour ne
pas perdre des voix ! Les Français sont de plus en plus sceptiques sur cette
laborieuse construction européenne dont on ne sait plus trop où elle nous
conduit. Seul programme pour l’Europe : un incessant agrandissement du cercle familial
avec toujours plus de nouveaux pays qu’il faudra immanquablement mettre de niveau,
évidemment aux frais des contribuables. Alors, au lieu de passer votre temps
à vociférer sur les banlieues, parlez-nous donc un peu de l’Europe. Une
Europe en panne d’idées, de projets et de rêves.

Pour en revenir aux banlieues, mesdames et messieurs les candidats, nous avons entendu
vos critiques acerbes, nous aimerions bien connaître, à présent, les
doux remèdes envisagés pour sortir ces zones urbaines des
difficultés considérables dans lesquelles elles se trouvent… en partie par
votre faute. Monsieur Nicolas Sarkozy, vous vous prétendez d’un grand courage, ce
que je veux bien croire, alors venez donc en banlieue vous adresser directement aux
jeunes et ainsi leur expliquer les solutions que vous comptez apporter à leurs
problèmes, car ils en ont beaucoup. Cette invitation au dialogue s’adresse
évidemment à toutes et à tous les candidats, sans exception. Je
note, à ce sujet, que seul monsieur Jean-Marie Le Pen a honoré la banlieue
en accordant une interview au Président de l’association LBS (La Banlieue
S’exprime). Serait-il, dans ce domaine, celui qui montre, une fois de plus, la voix ?

La France est un Etat unitaire et une République dont le peuple est le seul
garant.

Touhami Moualek

http://mtouhami.com/

1/3/2007