Questions ouvertes à M. François Bayrou
François Bayrou n’était pas, me semble-t-il, un fervent opposant à l’invasion de l’Irak par les Etats-Unis. Il avait même souhaité, si je ne me trompe, une participation plus active de la France aux côtés de W. Bush dans cette expédition punitive collective dont nous constatons chaque jour les horreurs, les désastres et les calamités sur le peuple irakien. D’une manière plus générale, la position de François Bayrou sur l’islam et les musulmans me semble floue et ambiguë. Sur la question précise de l’Irak, je crois réellement que François Bayrou se s’est rangé derrière Jacques Chirac qu’en dernière minute, contraint et forcé. En tant que citoyen français, et républicain dans l’âme, d’origine musulmane, je n’ai qu’une confiance relative en François Bayrou et je mets en doute sa franchise et sa loyauté vis-à-vis du monde musulman. Il y a quelque chose qui sonne faux dans ses discours et qui ne me parait pas sincère. Ainsi, lorsqu’il a prétendu, cherchant répandre une psychose de
la peur en hissant haut le pavillon de l’intégrisme religieux, à des millions de téléspectateurs, que les guerres internes à l’islam étaient extrêmement inquiétantes, il n’a fait que reprendre de basses rhétoriques de haine connues et largement disséminées par des philosophes (de salon) bien-pensants et réactionnaires. Autrement dit, tout cela n’est que du réchauffé.
Visiblement, François Bayrou navigue à vue et s’enchante, apparemment, à nager dans des eaux de plus en plus troubles. N’est-il pas un homme de droite ? N’a-t-il pas activement participé, en tant que ministre, à des gouvernements de droite ? Sur un plan idéologique, droite et gauche ce n’est pas du kif-kif bourricot. Ou bien alors, je n’y comprends plus rien. Subitement, sa cible est devenue Nicolas Sarkozy : un homme de droite, non ? Bizarrement, François Bayrou ménage Ségolène Royal. Serait-il devenu un homme de droite rangé à gauche ? Ou plutôt un ancien de droite reconverti à la gauche droitière ? Ses appels du pied à DSK (Dominique Strauss-kahn) pourraient l’expliquer. Les complots, les connivences et les arrangements ne sont pas sains dans une démocratie. Il faut rester logique, cohérent et en phase avec ses idées. Un homme comme Nicolas Sarkozy, qui annonce la couleur d’entrée, est bien préférable. La droite, c’est la droite ; et la gauche, c’est la gauche. On ne peut
appartenir, politiquement, aux deux camps à la fois. Ce serait renier l’histoire. Peut-on renier l’histoire ?
Monsieur François Bayrou, vous êtes candidat à l’élection présidentielle. J’aimerais donc, en tant que citoyen français qui cherche à comprendre, vous poser quelques questions, par l’intermédiaire de ce site politique, avant d’arrêter mon choix définitif. Ces questions concernent la politique étrangère :
1) Quel est votre analyse sur la situation actuelle au Proche-Orient ? Quelle position adopteriez-vous face à ce conflit et surtout quelles solutions préconiseriez-vous pour tenter de trouver une solution politique à cette guerre sans fin entre Israéliens et Palestiniens ? Car vous ne l’ignorez pas, la constitution française confère au Président de la République des prérogatives « réservées » sur la politique extérieure.
2) Quelle serait votre attitude face à l’Iran ? Ce grand pays a-t-il le droit à la bombe atomique ou simplement à l’énergie nucléaire civile ? Seriez-vous prêt à rompre toute relation diplomatique avec l’Iran si Israël, au nom de son « vital » droit à la sécurité, en faisait la demande ? Quelle politique arabe (car il existe une politique arabe spécifique à la France) conduirez-vous et quel est votre programme destiné à aider les pays du tiers-monde à se développer ? La solution intelligente, pour éviter que des immigrés viennent en Europe en masse, est d’aider les pays pauvres à se développer. L’Europe doit bien cela au continent africain, par exemple.
3) Vous avez dit à un journaliste, d’un ton très accusateur, sur le plateau de télévision de France 2, me semble-t-il, le lundi 19/03/2007, ceci : « trouvez-vous normal que le ministre de l’Intérieur ne soit plus en mesure de se rendre dans les banlieues ? » Si votre question est légitime parce qu’elle pose un problème de droit, en revanche elle manque de clarté. Aussi, pourriez-vous préciser votre pensée. En effet, croyez-vous que le ministre de l’Intérieur n’est plus en mesure de se rendre dans les banlieues, sans risque de provoquer des émeutes, parce qu’il aurait échoué dans sa politique basée sur le tout sécuritaire, par manque de fermeté, ou bien parce qu’il aurait eu quelques dérapages verbaux, envers les jeunes des banlieues, notamment ?
4) Dans cette même émission, vous avez affirmé, par ailleurs, qu’il existait, en France, de nombreuses zones de non droit. Est-il sage de prétendre que des zones de non droit existent en France, donnant ainsi le sentiment aux Français que des territoires seraient « occupés » et qu’il faudrait donc les reconquérir. N’allez-vous pas un peu trop loin dans cette dialectique démagogique qui consiste à désigner, une fois de plus, les banlieues comme des zones rouges dangereuses et leurs habitants comme de maudits boucs émissaires ? En somme, ne craignez-vous pas qu’en utilisant les mêmes méthodes que Nicolas Sarkozy et en l’attaquant frontalement vous ne rendiez ce dernier encore plus populaire et plus sympathique auprès de l’opinion publique ? La droite vous pardonnera-t-elle cette « trahison » ?
5) Il est prévisible que les années, voire les mois, à venir risquent d’être difficiles et très tendus, tant sur le plan national que sur le plan international. Aussi, la France aurait besoin d’une stabilité politique et d’une cohérence entre l’étiquette politique du futur Président et de celle de l’assemblée générale. Conséquemment, ne craignez-vous pas de faire courir de très gros risques politiques à la France en oeuvrant pour un gouvernement constitué de gens de gauche et de droite à la fois ? De plus, et dans le cas où vous seriez élu, pour mettre en œuvre cette ouverture que vous réclamez à cor et à cri, rien ne garantit que vous auriez une majorité à l’assemblée nationale, indispensable pour gouverner. Ne craignez-vous pas d’entraîner le pays vers une immense pagaille et donc vers une profonde crise de régime ?
6) Enfin, s’agissant de la construction européenne, comment expliquez-vous que plus on s’élève dans la hiérarchie sociale et plus les gens sont favorables à l’Europe, et plus on descend dans cette même hiérarchie (Là où il y a le plus de monde) et moins les gens sont favorables à l’Europe ? Finalement, la construction européenne ne se résume-t-elle pas, aujourd’hui, à une espèce de GIE (Groupement d’Intérêt Economique) dont le siège social est implanté à BRUXELLES ?
Touhami Moualek
http://mtouhami.com/