Les problèmes liés aux banlieues sont les fruits d’un système politique qui exclut, divise, fabrique la précarité et s’en prend à des boucs émissaires (les immigrés) pour se disculper.
Prétendre que la France est un pays raciste serait malhonnête et mensonger. En revanche, il existe un courant raciste latent. Exactement comme il existe un courant de pensée certes minoritaire mais fascisant. Le nier serait être de mauvaise foi ou d’une naïveté troublante. Alors, quel comportement adopter face à cette dure réalité ?
Les citoyens français d’origine immigrée, plus précisément les Noirs et les Maghrébins, doivent impérativement s’impliquer en politique, dans leur vie de citoyen, et en particulier se rendre aux urnes. Il leur faut aussi se méfier des discours politiques trop bienveillants et paternalistes. Ces discours s’adressent aux minorités et insistent bien sur les différences ethniques et culturelles des uns et des autres, celles-là mêmes qui font l’objet, pense-t-on, d’une protection particulière de la part du PS, notamment. Cultiver la différence dans le but sournois de passer ensuite pour un protecteur des minorités, le PS est passé maître en la matière. Désolé, madame Ségolène Royal, mais je n’ai plus confiance en vos discours condescendants et teintés d’une candeur à la limite de l’affront. La France est une nation indivisible. Les valeurs de liberté, d’égalité, de démocratie et de respect des lois, donc de civilisation, sont communes à tous les Français, quelles que soient nos origines et notre culture. Nous ne voulons plus être différenciés, nous ne voulons plus être des Français corvéables et jetables après chaque élection, nous ne voulons plus être pris pour des citoyens de seconde zone. Nous voulons occuper la place légitime qui est la nôtre dans la société française et remplir notre rôle de citoyen et d’acteur responsables, chacun à son propre niveau.
Si les jeunes générations, issues de l’immigration, sont fières de leurs origines respectives, et c’est tout à fait respectable, ils doivent aussi être fiers d’être des citoyens français. On entend souvent dire : «j’aimerai la France lorsque celle-ci m’aimera également». Bien que je comprenne parfaitement l’ampleur de l’exclusion et de l’amertume qu’exprime cette phrase, je ne crois pas que le problème se pose en ces termes. Chacun doit avoir la possibilité de trouver sa place dans la société en y apportant ses talents, ses compétences, ses rêves et ses audaces. Car faire trop souvent référence à ses origines en s’imaginant être le mal aimé, le déshérité et l’exclu, reviendrait à prendre le départ d’une course en rendant, comme handicap, des centaines de mètres aux premiers. Aucune chance de figurer en tête dans ces conditions. Soyez les meilleurs ou parmi les meilleurs et vous verrez que les barrières raciales tomberont d’elles-mêmes. Ce que l’on retiendra ce seront vos performances, vos capacités intellectuelles ou manuelles, votre combativité et votre volonté de réussir. Avancer, tel va devenir notre leitmotiv commun. Et comment, dans une société aussi prestigieuse que celle de la France, ne serions-nous pas capables d’avancer?
Ne comptez ni sur le PS, ni sur l’UMP, ni sur l’UDF, mais sur vous-mêmes. Votre destin vous appartient, il est entre vos mains. Je dois faire remarquer un élément qui me parait fondamental et assez paradoxal dans cette problématique de l’intégration. De jeunes Français, d’origine immigrée, disent : « la société préfère nous voir et nous traiter en délinquants. » C’est plutôt surprenant ! Puis ces mêmes jeunes expliquent : « Quant on se comporte en délinquants et qu’on est pris en faute, on nous conduit au poste. Et en fonction de la gravité du délit, soit on nous garde en préventive, soit on nous relâche. La société a ainsi ses « brebis galeuses » qu’elle placarde et sur lesquelles elle peut imputer, tels des boucs émissaires, tous ses problèmes sociaux et économiques. » Ils poursuivent : «Et lorsque nous essayons de nous en sortir honnêtement, par toutes sortes d’initiatives légales, eh bien là, étrangement, on se trouve confrontés à de considérables et insurmontables écueils: pour réussir, il nous faudrait renverser des montagnes!»
En effet, il semble extrêmement difficile, voire impossible, de s’en sortir quand on est un Noir, un Maghrébin, une personne handicapée ou simplement un misérable. Le système actuel, tel qu’il fonctionne, exclut et rejette tout ce qui ne correspond pas à un modèle standard. Ce modèle, figure proue de la gauche « caviar » et de l’UMP « monarchiste », génère de plus en plus de contestations et, à coup sûr, nous conduit tout droit vers une révolution annoncée. Cette révolution ne sera pas un affrontement entre les différentes communautés. Cette explication simpliste nous est fournie pas les autorités en place, droite et gauche, dans le but, d’une part de se disculper, et d’autre part de diviser la population française. En réalité, cette révolution que l’on voit poindre est une traduction d’un ras-le-bol général éprouvé par tous les citoyens français, majoritairement des prolétaires. Pauvreté exponentielle, injustice poignante, discrimination flagrante et humiliante, déshumanisation de la société vécue quotidiennement, carriérisme individuel reflété outrageusement par les politiques, pouvoir prisé par les élites, conflits internationaux révélateurs d’une tension mondiale ressentie par tout un chacun, règne sans partage des puissants lobbies, démontrent la fragilité sociale dans laquelle nous sommes plongés. Que ce soit le PS, l’UMP ou l’UDF, ces partis politiques ont tous contribué à la ruine des banlieues en les abandonnant à leur triste sort, à la faillite de l’école publique, au désarroi de la justice (qui n’a même plus les moyens matériels de faire face à une réalité déchirante), à désorganiser la cellule familiale par des politiques visant exclusivement à se constituer un électorat (en n’hésitant pas à opposer homme et femme), sans se soucier de mettre en place une véritable politique de la famille, et enfin à démanteler les systèmes de protection sociale (sécurité sociale et retraites) hérités du gaullisme. Oui, je le dis clairement, nous dansons sur un volcan. Notre société n’est assise que sur de la paille. A la moindre étincelle, tout brûlerait. Nous sommes confrontés, à présent, à des situations plus qu’invraisemblables. Un adage dit : « on récolte ce que l’on a semé. » Le PS de madame Ségolène Royal et de monsieur François Hollande, deux cadres du PS, a longtemps berné la jeunesse « beur ». En effet, celui-ci s’est auto déclaré le défenseur « inique » de la cause des « beurs ». La professionnalisation de l’antiracisme a donc été promulguée et la création d’une « SARL SOS Racisme » (celle-ci aura des petits frères par la suite) a vu le jour. Un seul mot d’ordre revenait : faire barrage au Front National, considéré comme la bête immonde par laquelle le racisme et la xénophobie naissent. Le discours décodé était le suivant : « moi PS, je vous rappelle à vous « beurs » et « Noirs » que vous êtes bien des Arabes et des Noirs et que le FN n’aime ni les Arabes, ni les Noirs ». L’insistance sur l’origine des « beurs » et l’exploitation d’une ethnie de la part du PS à des fins présumées bienveillantes et paternalistes est, en vérité, ignoble et humiliante. Exactement ce que l’on reproche à monsieur Finkielkraut. Pourquoi à lui et pas au PS ? J’observe, néanmoins, que tous ces apprentis sorciers du PS ne sont pas au bout de leur peine et surtout de leurs surprises. Car ceux qui hier étaient désignés comme les cibles privilégiées du FN, c’est-à-dire les immigrés, rejoignent à grand renfort ceux qui étaient normalement censés les haïr : les électeurs du FN. Qui l’eût cru ? Les dirigeants politiques, ceux du PS essentiellement, sont décidément des alchimistes exceptionnels. Ils mériteraient un Nobel ! Indéniablement, c’est tout le système politique actuel qui est lui-même raciste. Il génère des exclusions en masse, fabrique le chômage et la précarité, est sélectif sur des distinctions raciales inadmissibles et des critères sociaux contestables, permet au capital de surcapitaliser à l’infinie, et laisse sur le bord des routes des gens à la peine, toujours plus nombreux, épuisés par la folle cadence d’une course infernale imposée. Je dis à monsieur François Hollande, Secrétaire général du PS, que son parti a contribué à annihiler toute une jeunesse, d’origine immigrée, en la maintenant dans des ghettos physiques et mentaux psychologiquement fondés sur les origines ethniques et sociales des victimes. Car comment peut-on encore avoir l’audace et le culot de parler d’intégration à des jeunes nés en France et dont les parents, voire les grands-parents, sont nés en France ? Le racisme n’est pas une fatalité, mais il le devient quand il est entretenu. Et pour matérialiser ma pensé e, j’aimerais vous dire ceci : quand un jeune d’origine arabe, diplômé, se lance sur le marché du travail en se disant qu’il n’a aucune chance de pouvoir trouver du travail à cause de ses origines, alors je vous laisse mesurer l’emprise des dégâts physiques et mentaux sur ce jeune homme. C’est tout simplement dramatique. Et nous sommes bien dans le pays des droits de l’homme… N’est-ce pas ? Le plus cruel dans tout cela, c’est qu’il faudra bien voter pour un candidat. Lequel ? Doit-on préféré un candidat qui nous dit : « je ne vous aime pas parce que vous êtes Noirs ou Arabes, mais en tant que citoyen Français vous aurez les mêmes droits. » Nous ne demandons pas que l’on nous aime, mais que l’on nous respecte. Et cela passe par le respect de nos droits. Ou celui qui nous dit : « je sais que le fait d’être Noir ou Arabe est un handicap, mais votez pour moi et je me battrai pour que vous ayez les mêmes droits. » Et cela s’appelle du chantage. Amies et amis de la banlieue, il est désormais temps de prendre ses responsabilités. Aux urnes !
Touhami Moualek
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