Il y a une incompréhension entre les citoyens et la classe politique tout à fait révélatrice du climat actuel qui règne en France. On peut s’étonner que des banlieusards, d’origine noire et maghrébine notamment, puissent voter ou appeler à voter pour M. Jean-Marie Le Pen. Un comble ! J’en suis le premier stupéfait, croyez-le bien – pour ma part, je n’oublie pas les humiliations et les insultes dont nous fustigeait M. Le Pen dans les années 80, car j’appartiens à la « grande famille » maghrébine – mais pas vraiment étonné.
Cela dit, je pense que tous les banlieusards en ont vraiment assez de leur triste et dure réalité. Pas de projet, pas d’avenir, pas de rêve. Vivre au jour le jour n’est pas une vie. Et que nos intellectuels, dont ce cher Alain Finkielkraut qui contribue particulièrement à alourdir le climat ambiant, expliquent, à présent, que ce ne sont pas des raisons suffisantes pour voter Front National. Quelles chances ont-ils d’être entendus ? A vrai dire, très minces. Les banlieues ont été si souvent utilisées à titre expérimental, par un tas de politiciens pour un tas d’étranges projets politiques, qu’elles sont devenues des laboratoires d’où peut à présent jaillir n’importe quel étrange projet politique. Je mets tout de même en garde ceux qui s’orienteraient vers un scénario à la « Frankenstein ». La règle « moralisatrice » instituée par les bien-pensants qui stipulent des interdits pour telle ou telle population par rapport à telle ou telle autre population vient de tomber. L’équation suivante : un beur ne peut voter pour le FN parce que le PS et l’UMP l’ont décidé n’est plus. La morale politique, tant reprise en situation difficile, ne suffit plus à masquer les hypocrisies et les mensonges dans lesquels nous baignons depuis des décennies.
Le courage politique va devoir à présent se substituer rapidement à ces lâchetés qui nous conduisent vers de cruelles déchirures dans la cohésion sociale. Si rien n’est entrepris, nous irons droit dans le mur. Pourquoi et comment en sommes-nous arrivés là ? Parce que les banlieues ont été sacrifiées par tous les gouvernements successifs et que des générations entières, dont les « black – beur », ont été utilisées à des fins bassement électorales. Seules les voix de ces citoyens de seconde zone intéressaient les politiques. Et lorsqu’un rebelle, de la trempe et de la dimension de M. Le Pen, dit à ces générations perdues : « N’ayez pas peur, venez à moi, car moi je vous comprends puisque j’ai été tout comme vous diabolisé », alors ne vous étonnez pas, femmes et hommes politiques issus de partis classiques, que toutes ces populations, lassées d’entendre toujours les mêmes rengaines et les mêmes promesses jamais tenues, en viennent à voter en grand nombre pour des partis extrêmes. Tout cela, évidemment, dans le but de provoquer une vague révolutionnaire et créer ainsi les conditions pour un changement radical. Vous êtes pris à votre propre jeu : en laissant des citoyens français pour c ompte, livrés à leurs modestes conditions de vie et enfermés dans une insécurité, par ailleurs instrumentalisée pour alimenter des « psychoses de l’insécurité » à des fins douteuses puisque électoralistes, vous avez dangereusement joué avec le feu. Vous devez maintenant en assumer toutes les conséquences. Et si vous y ajoutez les contextes d’une politique internationale catastrophique et inquiétante (la France se tient, depuis quelques mois, étrangement en retrait de toute décision importante sur la scène internationale), dont les conséquences sur la société française sont fortement ressenties, vous avez tous les ingrédients réunis pour inciter les Noirs, les Arabes et tous les laissés pour compte de France à voter pour le FN. Et vous êtes les seuls responsables de ce fiasco social. « A jouer avec le feu, on finit toujours par se brûler », rappelle un célèbre adage. Sans compter qu’à force d’ouvrir sans cesse les portes de l’Union Européenne à de nouvelles Nations, dont on se demande ce qu’elles apportent à l’Europe, ce qui était au départ un rêve européen, risque de se transformer, à l’arrivée, en véritable cauchemar « hollywoodien ». Les responsables politiques de tous bords devront désormais user d’une pédagogie sans faille et très persuasive pour ramener les « brebis » égarées à la bergerie. Une mission qui parait quasi impossible puisque l’élection présidentielle aura lieu dans trois mois environ. Encore faut-il être un berger très expérimenté. Et en France, les bergers expérimentés prennent leur retraite un à un ; excepté justement, M. Jean-Marie Le Pen. Car je crois personnellement que ni Mme Ségolène Royal, ni M. Nicolas Sarkozy ne sauront faire vibrer les foules. L’une veut à tout prix redonner la parole à des Français qui n’ont pas attendu après elle pour la reprendre ; l’autre veut remettre de l’ordre dans le paquebot France pour ensuite le revendre au prix fort à l’économie ultra libérale. La politique n’est vraiment plus ce qu’elle était. Tout le monde l’a compris, sauf justement les politiques. Le divorce entre le peuple et sa classe politique va être bientôt prononcé ; et le juge des affaires matrimoniales risque bien d’être un certain Jean-Marie Le Pen. Tant pis, ce ne sera pas faute de l’avoir rappelé maintes et maintes fois aux responsables politiques. Aujourd’hui, seules les vraies valeurs républicaines, appliquées à la lettre, pourront sauver la République. N’est-il pas déjà trop tard ?
Touhami Moualek